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12月15日

Synchronicité

Aujourd'hui je vais vous parler un peu d'une théorie que je trouve passionnante et qui est de plus en plus d'actualité: la théorie de la synchronicité, exposée notamment par le célèbre psychanalyste Carl Gustav Jung in Synchronicité et Paracelsica (1930). Comme souvent, je m'appuie sur une leçon du site Philosophie et Spiritualité: http://sergecar.club.fr/cours/theorie7.htm
 
La synchronicité est intimement liée au concept du hasard et à ce qu'on appelle coïncidences. Parfois, quand celles-ci nous apparaissent troublantes, nous avons l'intuition que c'est un signe du destin, que cela ne peut pas se produire par hasard pur et simple. Je ne parle pas des projections mentales des paranoïaques qui voient des signes là où clairement une personne "raisonnable" ne voit rien de spécial...
Qui n'a jamais eu cette impression ? On pense à quelque chose et cette chose apparaît justement à ce moment précis. On fait des rêves prémonitoires, on a des visions. Une succession d'évènements inattendus (de bonnes nouvelles, si on est chanceux) se passe dans la même journée. Etc... Un exemple extraordinaire est donné sur cette page: http://sergecar.club.fr/TPE/synchronicite/documents.htm
 
On dit que les événements ne sont pas synchrones quand aucune relation n'apparaît entre eux; ils sont chaotiques en quelque sorte. Alors que la synchronicité suppose une vision unitaire de la réalité, non-duelle, non fragmentaire.
Dans le paradigme mécaniste de la science normale, illustré notamment par Descartes et Newton et qui prévaut encore largement dans nos sociétés, on suppose une dualité entre le sujet et l'objet, et le principe de la causalité locale, ce qui aboutit naturellement à la définition que donne Cournot du hasard: un simple "entrecroisement de séries causales indépendantes".
Or la physique moderne (quantique) a montré que le concept chosique de la réalité était dépassé, qu'il fallait plutôt la concevoir en formes d'ondes et de champs, et que l'univers ne pouvait pas exister indépendamment de l'observateur, dans la mesure où l'observateur agit toujours sur l'observé (n'en déplaise à Einstein...). Il a aussi été prouvé récemment que des particules pouvaient "communiquer" entre elles de façon instantanée, sans transmission de signal donc, ce qui permettrait de conclure que "au niveau le plus subtil de la matière, existe une corrélation infinie des événements, un champ unifié où en quelque sorte en tout point, de manière holographique, toute l’information est présente et donc répercutée" !
 
D'où la théorie de la synchronicité, définie comme étant "la coïncidence dans le temps de deux ou plusieurs événements sans relation causale et ayant le même contenu significatif". A rapprocher également de la loi des séries ("jamais deux sans trois"...) où un événement semble entrer en résonance avec lui-même et se répéter.
Jung a lié cette théorie avec celle de l'inconscient collectif, sorte de plan mental universel, de conscience unitaire dans laquelle on est parfois plongé, dans le sommeil surtout. Cela est clairement évoqué dans la métaphysique d'Aurobindo et décrit par certains mystiques, d'ailleurs... En atteignant ce plan supérieur, on aurait ainsi accès à des informations a-causales, d'où les phénomènes de télépathie, de prémonitions, visions, etc. Quand la physique quantique parle de champ unifié où réside une corrélation infinie des événements et où l'information est instantanée et omniprésente, il s'agit de la même chose, comme si l'univers était une grande pensée, un champ d'intelligence.
 
Lorsqu'on pense et qu'on désire quelque chose, on peut ainsi supposer que ces intentions sont de l'énergie créatrice, qui influe sur l'état de l'univers et va se déployer en actes. Ainsi nous sommes tous participants à l'univers, dans notre subjectivité universelle, relation entre le Soi et l'Etre.
Dans le mental universel qui transcende l'espace-temps-causalité de l'attitude naturelle, la causalité n'est plus mécanique mais intelligible, et c'est surtout dans l'affectivité que la synchronicité s'épanouit, de même que le sacré. Les expériences synchronistiques apparaissent sans que le sujet ne les ait cherchées, ce n'est donc pas une projection mentale.
 
Pour conclure, citons cette phrase très synthétique de Jung: "Les événements synchronistiques nous imposent une vision du monde comme champ unifié où l’expérience et l’action individuelles sont fondamentalement reliées à celles d’autrui".
 
Si vous avez des expériences de ce genre à raconter, n'hésitez pas... ;)
 
 
8月31日

Métaphysique et psychologie

Mes lectures estivales furent plutôt philosophico-spirituelles, et instructives: je dois dire que je ne vois plus vraiment la vie comme avant, désormais.
 
L'ambitieux recueil de citations de Shrî Aurobindo, Métaphysique et psychologie (oui, rien que ça), m'a particulièrement intéressé, même si ce n'est pas vraiment une lecture "facile". Aurobindo a fait sa propre synthèse de toutes les théories et expériences concernant le divin, l'être humain et l'univers (les trois étant finalement très liés), fortement influencée par la religion hindouiste.
Pour la plupart des occidentaux modernes qui suivent le paradigme mécaniste datant en gros de Newton et Descartes, beaucoup des théories énoncées peuvent paraître farfelues, irrationnelles ou paranormales. Même si je reste assez sceptique sur pas mal de choses qu'il affirme, ses talents rhétoriques et les "preuves" (essentiellement mystiques et/ou yoguiques) qu'il avance ont de quoi faire douter le matérialiste le plus radical.
 
Je vais citer quelques exemples des théories d'Aurobindo que la plupart d'entre nous rejetteraient avec moquerie:
- la notion de conscience dans la matière
- l'existence de mondes parallèles
- l'idée de plan divin dans l'évolution sur Terre
- les incarnations divines (Krishna...)
- le karma (individuel et collectif)
- les réincarnations des âmes (et pas seulement dans les êtres humains), les résurrections
- la possibilité de se souvenir de ses vies passées
- la possibilité d'avoir des rapports avec les morts; l'existence de "fantômes"
- le contact possible avec le subliminal dans les rêves (d'où les rêves prémonitoires, etc.)
- la télépathie
- la possibilité de prédire l'avenir (par l'astrologie ou autre)
- etc etc.
 
Tout cela s'inscrit dans une vaste théorie (mais déduite d'expériences "pratiques": mystiques ou yoguiques, donc le procédé est "scientifique" en quelque sorte) extrêmement riche, impressionnante et complexe, dont je parlerai davantage quand j'aurai le temps - peut-être la semaine prochaine. Elle concerne l'évolution de la vie sur Terre, la nature de l'être humain selon 7 plans principaux, la notion d'âme, de supramental, de mental circumconscient, de subliminal, etc., avec en toile de fond les grandes théories hindouistes et advaïtistes sur le Brahman, l'Un, le Moi universel, etc.
 
Tous ces faits - ou théories - à première vue "irrationnels" sont pourtant corroborés (IMHO) par un grand nombre de phénomènes que la science traditionnelle ne peut plus ignorer: le mysticisme (vécu et décrit par Mâ Ananda Moyî, par exemple), les NDE (expériences de mort imminente, très documentées), la télépathie, les rêves prémonitoires, les guérisons et autres miracles, la magie et l'exorcisme, la mécanique quantique et ses bizarreries, etc., tout cela a de quoi nous faire réfléchir. Jung était d'ailleurs sans doute dans le vrai en parlant d'inconscient collectif et de synchronicité.
 
Bref, à suivre... ;) Toute contribution sera la bienvenue, le sujet m'intéressant beaucoup.
 
 
6月21日

Le but de la vie

Quel est le but, le sens de la vie humaine ? - une question que je me suis maintes fois posée, comme beaucoup j'imagine... Je me contenterai aujourd'hui de rapporter ce qu'en dit Krishnamurti, qui est encore une fois remarquable.

"Nombreux sont ceux qui prétendront vous montrer quel est le but de la vie et vous expliquer ce qu'en disent les écritures. Des gens habiles continueront à attribuer à l'existence des buts inventés de toutes pièces. Tel groupe politique se proposera un but, tel groupe religieux un autre, et ainsi de suite, à l'infini. Quel but peut bien avoir votre vie, alors que vous êtes vous-même en pleine confusion ? Lorsque je suis en proie à la confusion, si je vous demande: "Quel est le but de l'existence ?" c'est parce que j'espère qu'à travers toute cette confusion, je vais trouver une réponse. Comment puis-je trouver une réponse véridique alors même que je suis plongé dans la confusion ? Est-ce que vous comprenez ? Si je suis dans la confusion, la réponse que je reçois ne peut être elle-même que confuse. Si j'ai l'esprit confus, perturbé, si mon esprit manque d'harmonie, de tranquillité, toute réponse, quelle qu'elle soit, me parviendra à travers cet écran de confusion, d'angoisse et de peur; par conséquent, la réponse sera pervertie. L'important n'est donc pas de demander: "Quel est le but de la vie, la finalité de l'existence ?", mais de dissiper la confusion qui est en vous. C'est comme un aveugle qui demanderait: "Qu'est-ce que la lumière ?" Si je lui explique ce qu'est la lumière, il écoutera en fonction de sa cécité, des ténèbres qui sont les siennes; mais supposons qu'il puisse voir - dans ce cas, jamais il ne demandera: "Qu'est-ce que la lumière ?" puisque la lumière est là.
De même, si vous savez clarifier cette confusion qui est en vous, alors vous découvrerez quelle est la finalité de l'existence; vous n'aurez plus besoin de demander, vous n'aurez plus besoin de la chercher; la seule chose que vous ayez à faire, c'est vous libérer des causes qui sont responsables de la confusion.
"

6月10日

Ego, go !

(Veuillez me pardonner pour ce titre pourri :)

Le livre de la méditation et de la vieJiddu Krishnamurti (Inde, 1895-1986) était à mon avis un grand, très grand et humble philosophe, une sorte de Socrate du XXe siècle, dont l'enseignement est susceptible de changer la vie de ceux qui le découvre (je le pense sincèrement).

J'ai lu un recueil de certains de ses discours regroupés en grands thèmes (e.g. la connaissance de soi, la peur, l'amour, la mort, la pensée, le conditionnement, etc.). Ainsi ça se lit très vite et facilement. De plus, le style de Krishnamurti est limpide, et ses pensées sont concrètes et très cohérentes entre elles.

J'ai pensé à quelques-unes de mes précédentes lectures en le lisant: il y a du Pascal dans ses pensées (sur la perception du temps et le moi), du Descartes (sur l'objectif d'atteindre la vérité, même si les moyens sont différents), ou encore du Nietzsche (pour la quête de la liberté via le déconditionnement). Mais ça reste assez unique et original, et paraîtra spirituel aux lecteurs occidentaux matérialistes.

Cet indien à la vie assez exceptionnelle - on a voulu faire de lui un gourou dans sa jeunesse mais il a très vite dissous la "secte" qui s'était constituée autour de lui - a quelques leitmotivs:

- La nécessité pour chacun de nous de prendre conscience de tous nos conditionnements (croyances, idéologies, préjugés, mais aussi notre expérience personnelle, voire la pensée elle-même, fruit du passé et de notre mémoire conditionnée !) pour s'en dégager, atteindre la connaissance de soi (qui n'a rien à voir avec l'introspection) et accéder ainsi à la liberté, la vertu, le bonheur, la vérité, la sagesse... "La vérité est un pays sans chemin".

- L'éveil à la non-dualité, à la vision directe, pénétrante et non fragmentaire, la non-division entre le penseur et la pensée - c'est d'ailleurs par cette prise de conscience qu'on peut accéder à la connaissance de soi, à l'esprit silencieux, capable d'amour, capable de regarder et d'entendre sans juger, sans pensée, sans "moi", sans division, en paix, hors du temps, libéré de la peur.

J'aime particulièrement ses pensées sur la connaissance de soi, l'ego (le "moi") et l'amour.

En attendant de faire un résumé de ses discours sur chaque grand thème abordé dans le livre (si je trouve le temps et le courage, mais cet auteur mérite d'être davantage connu), je vais aujourd'hui vous parler de l'ego, du moi, de l'amour-propre.

Pascal en parlait déjà de façon remarquable (citation 150, voir anciens billets) et cinglante ("le moi est haïssable"). Extraits:

"La nature de l'amour propre et de ce moi humain est de n'aimer que soi et de ne considérer que soi. Mais que fera-t-il ? Il ne saurait empêcher que cet objet qu'il aime ne soit plein de défauts et de misères; il veut être grand, et il se voit petit; il veut être heureux, et il se voit misérable; il veut être parfait, et il se voit plein d'imperfections; il veut être l'objet de l'amour et de l'estime des hommes, et il voit que ses défauts ne méritent que leur aversion et leur mépris."

"Ainsi la vie humaine n'est qu'une illusion perpétuelle; on ne fait que s'entre-tromper et s'entre-flatter."

En disant "cet objet qu'il aime", Pascal voit déjà le phénomène de division entre l'observateur et l'observé, thème cher à de nombreux philosophes, surtout orientaux.

Krishnamurti, lui, montre que le moi est la possession, qui cherche à combler la vacuité de notre esprit - or il faut accepter cette vacuité, car seul l'esprit silencieux est véritablement au contact de "ce qui est", de la vérité, et peut connaître l'amour.

"La renonciation, le sacrifice de soi, ce n'est pas un geste de noblesse digne d'éloge et d'exemple. Nous possédons, parce que sans possession nous ne sommes rien. Les possessions sont multiples et variées. Celui qui ne possède pas de biens matériels peut être attaché au savoir, aux idées, un autre peut être attaché à la vertu, un autre à l'expérience, un autre au nom et à la renommée, et ainsi de suite. Sans possessions, le "moi" n'est pas; le moi est la possession, le mobilier, la vertu, le nom. Dans sa peur de n'être rien, l'esprit est attaché au nom, au mobilier, à la valeur; et il y renoncera afin d'accéder à un niveau supérieur, le plus haut étant le plus gratifiant, le plus permanent. La peur de l'incertitude, la peur de n'être rien, conduit à l'attachement, à la possession. Lorsque la possession est insatisfaisante, ou devient douloureuse, nous y renonçons au profit d'un attachement plus agréable. La possession ultime, la plus gratifiante, et le mot Dieu, ou son substitut, l'Etat.

...Tant que vous ne voulez pas être rien, ce qu'en fait vous êtes, vous engendrerez immanquablement la souffrance et l'antagonisme. Accepter de n'être rien n'est pas affaire de renonciation, d'obligation intérieure ou extérieure, mais de voir la vérité de ce qui est. Voir la vérité de ce qui est libère de la peur de l'insécurité, cette peur qui engendre l'attachement et conduit à l'illusion du détachement, du renoncement. L'amour de ce qui est est le commencement de la sagesse. L'amour seul partage, seul il peut communier; mais le renoncement et le sacrifice de soi sont les voies de l'isolement et de l'illusion."

"Nous sommes les choses que nous possédons, nous sommes ce à quoi nous tenons. Il n'y a aucune noblesse dans l'attachement. L'attachement au savoir ne diffère en rien de toute autre forme de dépendance agréable. Dans l'attachement, le moi s'absorbe en lui-même, que ce soit au niveau le plus bas ou le plus élevé. L'attachement est l'illusion du moi, une tentative pour fuir le vide du moi. Les choses auxquelles nous sommes attachés - biens, personnes, idées - deviennent de la plus haute importance, car, privé des multiples choses qui comblent sa vacuité, le moi n'existe pas. La peur de n'être rien incite à posséder, et la peur engendre l'illusion, l'asservissement aux conclusions. Les conclusions, matérielles ou idéologiques, font obstacle à l'épanouissement de l'intelligence, à cette liberté sans laquelle la réalité ne peut pas se faire jour; et sans cette liberté, l'habileté passe pour de l'intelligence. Les voies de l'habileté sont toujours complexes et destructrices. C'est cette habileté, protectrice du moi, qui conduit à l'attachement; et lorsque l'attachement cause la souffrance, c'est cette même habileté qui recherche le détachement et jouit de l'orgueil et de la vanité de la renonciation. La compréhension des voies de l'habileté, des voies de l'ego, est le commencement de l'intelligence."

"Pour comprendre la relation, il faut avoir des choses une conscience passive, qui ne détruise pas la relation, mais qui, au contraire, lui insuffle un surcroît de vitalité et de sens. Il y a alors dans cette relation une possibilité d'affection réelle, une chaleur, une proximité, et il ne s'agit pas d'un simple sentiment, ni d'une simple sensation. Et si nous pouvons aborder ainsi toute chose, avoir avec toute chose cette même relation, alors nos problèmes - de propriété, de possession - se résoudront aisément. Car nous sommes ce que nous possédons. Celui qui possède de l'argent est l'argent. Celui qui s'identifie à sa propriété est la propriété, la maison, ou le mobilier. Il en va de même avec les idées ou les personnes: lorsqu'il y a possessivité, il n'y a pas relation. Mais, dans la plupart des cas, nous possédons parce que, sans cela, nous sommes totalement démunis. Nous sommes une coquille vide si nous ne possédons pas, si nous ne remplissons pas notre existence de meubles, de musique, de connaissances, de ceci ou cela. Cette coquille fait beaucoup de bruit, et c'est ce bruit que nous appelons la vie; et nous nous contentons de cela. Et lorsqu'il se produit une cassure, quand tout cela se brise, alors vient la souffrance, parce que vous vous découvrez soudain tel que vous êtes - une coquille vide qui ne veut plus dire grand-chose. Donc, être conscient de tout le contenu de la relation, c'est cela, l'action, et à partir de cette action une véritable relation devient possible, et il devient possible d'en découvrir la profondeur, la signification immenses - et de savoir ce qu'est l'amour."

Personnellement, ces paroles m'ont bien aidé (à combattre l'attachement, la jalousie...). De plus, elles sont tellement claires qu'il n'y a pas grand chose à commenter :)

Je trouve cette façon de lier le moi avec la peur, l'attachement, le renoncement, l'amour etc. vraiment remarquable. Dans un autre excellent discours, Krishnamurti montre d'ailleurs que dans l'amour, le moi n'est pas - lire ici: http://sergecar.club.fr/textes/krishna6.htm.

Il est intéressant de voir à quel point notre ego intervient sans cesse et crée des conflits. C'est particulièrement visible dans les forums de discussion (que je connais bien): les débats tournent très vite en guéguerres d'ego stériles, à coups de "non c'est moi qui ai raison".

Pour le bien de l'humanité il faudrait dépasser cela !

Mais dans la société post-moderne très individualiste qui est la nôtre, ce n'est pas très étonnant que ce soit ainsi. Chacun cherche à exister, notamment médiatiquement. On veut passer à la télé dans des émissions débiles uniquement pour que les gens parlent de soi. Bientôt on aura tous son blog, de la même façon qu'on a tous un numéro de téléphone, même (surtout ?) quand on n'a rien à dire (en revanche, on veut que les visiteurs laissent des commentaires, car ça flatte). A ce sujet, je laisse le mot de la fin à Pascal:

"La vanité est si ancrée dans le coeur de l'homme qu'un soldat, un goujat, un cuisinier, un crocheteur se vante et veut avoir ses admirateurs, et les philosophes même en veulent, et ceux qui écrivent contre veulent avoir la gloire d'avoir bien écrit, et ceux qui les lisent veulent avoir la gloire de les avoir lus, et moi qui écris ceci ai peut-être cette envie, et peut-être que ceux qui le liront..."

5月7日

Cogito, ergo sum

Continuant à lire les grands classiques de la philosophie occidentale, je viens de finir le Discours de la méthode (1637) de René Descartes (1596-1650). C'est assez frappant de constater à quel point ces quelques pages (une centaine) auront marqué l'ère moderne (contredisant le propos de Pascal: "Descartes inutile et incertain"), pour le meilleur et pour le pire.

Le style est relativement décontracté, dans la mesure où Descartes raconte un peu sa vie et s'exprime en "langue vulgaire" (le français) pour s'adresser au plus grand nombre. En revanche, les phrases sont souvent d'une longueur assez incroyable, les rendant pas toujours très intelligibles.

Moins argumenté que les Méditations métaphysiques (que je n'ai pas lues), le Discours est pourtant un bon manifeste de la philosophie cartésienne. Voici un très bref résumé de ses six parties, accompagnées de quelques citations:

 

- 1ère partie:

"Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée"

Descartes nous dit qu'il veut présenter en quelle sorte il a tâché de conduire sa raison, en précisant avec force modestie que cette méthode n'est pas forcément celle que tout le monde doit appliquer. Il parle ensuite de l'éducation (prestigieuse) qu'il a reçue et de la volonté qu'il a eue de prendre du recul sur toutes ces connaissances et de voyager, "pour voir clair en [ses] actions et marcher avec assurance en cette vie".

- 2ème partie:

"C'est bien plus la coutume et l'exemple qui nous persuadent, qu'aucune connaissance certaine"

"Le premier [précepte] était de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie, que je ne la connusse évidemment être telle"

Descartes continue à proclamer qu'il cherche à examiner par sa raison si tous les préceptes qu'on lui a inculqués sont réellement vrais, à distinguer le vrai du faux, et à se rendre indépendant de toute opinion extérieure en excluant toute préférence. Il donne alors les 4 "règles" de sa méthode qui correspondent aujourd'hui à ce qu'on appelle "l'esprit cartésien": en gros, le doute, la décomposition d'un problème complexe en sous-problèmes plus simples, l'ordre de la résolution et la vérification par le dénombrement. Ensuite il explique qu'il a appliqué ces préceptes tout simples pour résoudre toutes sortes de problèmes, en commençant par les plus simples et généraux, et en a déduit d'autres vérités, en algèbre et en d'autres sciences.

- 3ème partie:

"Dieu nous ayant donné à chacun quelque lumière pour discerner le vrai d'avec le faux, je n'eusse pas cru me devoir contenter des opinions d'autrui un seul moment, si je ne me fusse proposé d'employer mon propre jugement à les examiner"

"En détruisant toutes celles de mes opinions que je jugeais être mal fondées, je faisais diverses observations et acquérais plusieurs expériences, qui m'ont servi depuis à en établir de plus certaines"

De cette méthode, Descartes s'est forgé une morale provisoire afin de conserver quelques bases: obéir aux lois et aux coutumes de son pays, être ferme et résolu dans ses actions et suivre les opinions les plus probables et modérées, "tâcher toujours plus à [se] vaincre que la fortune et à changer [ses] désirs que l'ordre du monde", et enfin s'avancer autant que possible en la connaissance de la vérité. En cela Descartes est la définition même du philosophe ("qui aime la connaissance"). A ces maximes il ajoute la foi, dont les vérités sont les "premières en sa créance". De toutes les autres opinions, il jugeait qu'il pouvait librement s'en défaire. Pour mieux y parvenir, il décida de voyager encore pendant 9 ans.

- 4ème partie:

"Je pris garde que, pendant que je voulais ainsi penser que tout était faux, il fallait nécessairement que moi, qui le pensais, fusse quelque chose"

"Et ayant remarqué qu'il n'y a rien du tout en ceci: je pense, donc je suis, qui m'assure que je dis la vérité, sinon que je vois très clairement que, pour penser, il faut être: je jugeais que je pouvais prendre pour règle générale, que les choses que nous concevons fort clairement et fort distinctement sont toutes vraies; mais qu'il y a seulement quelques difficultés à bien remarquer quelles sont celles que nous concevons distinctement"

"Il est pour le moins aussi certain, que Dieu, qui est cet Etre parfait, est ou existe, qu'aucune démonstration de géométrie ne saurait l'être"

Vient alors la célèbre "démonstration" de la primauté du "je pense, donc je suis" (premier principe de sa philosophie, vérité ferme et assurée), en rejetant comme faux tout ce qui vient des sens, de la raison et des pensées. Descartes en déduit que l'âme est une substance pensante, distincte du corps. Ensuite, il cherche à prouver l'existence de Dieu par des démonstrations quelque peu fumeuses: en gros, l'idée qu'on a d'un être plus parfait que soi (cf. "c'est une plus grande perfection de connaître que de douter"), par sa réalité objective (représentant la nature divine), ne pourrait venir que d'un être parfait, autrement dit Dieu, car seule la nature divine est suffisamment parfaite pour en être l'origine - "il doit y avoir pour le moins autant de réalité dans la cause efficiente et totale que dans son effet"; et la preuve ontologique (qui sera critiquée par Kant) fondée sur l'essence de Dieu telle que l'idée de Dieu en nous nous la fait connaître, et qui comprend l'existence (la perfection est l'essence de Dieu, or la perfection comprend l'existence, donc Dieu existerait...). Mais pour cela, il faut arrêter de penser que tout ce qui n'est pas imaginable n'est pas intelligible, et savoir élever son esprit au-delà des choses sensibles (dont les idées de Dieu et de l'âme ne font pas partie), d'après Descartes. L'imagination ne portant que sur les choses matérielles, les doutes issus de l'expérience du rêve n'atteignent ni Dieu ni l'âme. Pour résumer, je cite les notes de l'éditeur: "La vérité des idées claires et distinctes se fonde sur leur réalité. C'est ainsi la perfection même de ces idées qui nous indique qu'elles viennent de Dieu. Et le fait qu'elles viennent de Dieu, qui est tout parfait, signifie qu'elles sont vraies."

- 5ème partie:

"Ceci ne témoigne pas seulement que les bêtes ont moins de raison que les hommes, mais qu'elles n'en ont point du tout"

Descartes s'attaque ensuite aux lois de la nature, et expose notamment la doctrine de la création continuée. Il suppose que Dieu a d'abord créé le corps de l'homme puis lui a ajouté une âme raisonnable, contrairement aux animaux qui n'ont pas eu cette chance. Il parle ensuite de médecine avec ses théories sur le mouvement du coeur qui s'avèrent erronées... Puis il évoque sa fameuse théorie de l'animal-machine: les animaux n'auraient pas de raison et ne seraient que de simples automates créés par Dieu, ce qui explique leur extraordinaire complexité et fonctionnement. En affirmant la différence entre l'âme des bêtes et l'âme humaine, Descartes explique que cette dernière a de bonnes raisons d'être distincte du corps et d'être immortelle.

- 6ème partie:

"Nous pourrions employer [les connaissances] en même façon à tous les usages auxquels ils sont propres, et ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature"

En guise de conclusion, Descartes explique pourquoi il a écrit ce texte et ce vers quoi il aspire, c'est-à-dire toujours plus de connaissance pour le bien de l'humanité, constituer une science universelle dont même la philosophie ferait partie.

On voit bien que cette philosophie est à l'origine de toute la techno-science, dont la vocation était à l'origine humaniste: "il est possible de parvenir à des connaissances qui soient fort utiles à la vie" (jouir des fruits de la terre, conservation de la santé...), "qui rendent communément les hommes plus sages et plus habiles" et du positivisme, mais l'histoire (et le présent) nous en a montré les dérives et les limites...

Comme l'a dit l'historien Lucien Febvre, Descartes vivait sa raison comme il vivait sa foi. J'imagine qu'à l'époque il était perçu comme un rebelle, bien que discret et tâchant à ne pas publier d'écrits qui fâcheraient l'Eglise (contrairement à Galilée). En tout cas, si on ajoute ses travaux mathématiques et physiques, on peut aisément se rendre compte que ce fut l'un des penseurs français les plus importants et influents de l'histoire...

 

Ma prochaine lecture sera un recueil de Krishnamurti, un auteur plus contemporain, oriental et spirituel donc...

5月3日

Also sprach Zarathoustra

J'ai fini de lire ce qui est réputé comme l'une des dernières grandes oeuvres philosophiques (occidentales), Ainsi parlait Zarathoustra (1883) de Friedrich Nietzsche...

J'ai été assez surpris par le style: en fait, il ne s'agit pas du tout d'un essai ou d'un recueil de pensées avec des mots compliqués, mais plutôt d'une sorte de conte poétique et philosophique.

On y retrouve donc, relativement explicités (merci aux commentaires du traducteur pour nous aider à comprendre), les principaux concepts nietzschéens: la mort de Dieu, le nihilisme, le surhumain, l'éternel retour, la volonté de puissance, l'esprit de pesanteur, etc. ainsi que de nombreuses critiques (contre l'Etat, la religion...) qui paraissent parfois un peu vaines puisque l'auteur n'y apporte pas de véritable remède (pas dans ce livre en tout cas, je n'ai pas lu les autres).

Mais honnêtement, comme indiqué dans la quatrième page de couverture de l'édition que j'ai lue, les leçons à retenir peuvent presque se résumer en deux phrases: "Vouloir libère" et "Deviens celui que tu es".

L'oeuvre en elle-même, exceptée peut-être la première partie relativement claire, est pour le moins obscure et emphatique. J'admire le style poétique (voire prophétique), les métaphores, la verve de Zarathoustra mais il faut bien admettre que cela ne facilite pas la compréhension tant il faut éviter de lire au premier degré (cela serait dangereux, cf. les accusations infondées d'antisémitisme) et chercher le symbolisme.

Voici un extrait pris au hasard:

 

3ème partie - L'autre chant de danse

"Il y a peu je te regardai dans les yeux, ô vie: je vis de l'or étinceler dans ton oeil nocturne, - mon coeur s'en arrêta de plaisir:
- Je vis étinceler une barque d'or sur des eaux nocturnes, une barque qui coulait, s'immergeait, une barque dorée, bercée, faisant signe encore !
Tu as jeté un regard vers mon pied, ivre de danse, un regard bercé, plein de rires, d'interrogation et de douceur:
Deux fois seulement tu as fait mouvoir ta crécelle de tes petites mains, - et déjà mon pied se balançait en proie à l'ivresse de la danse.
Mes talons s'arquaient, mes orteils écoutaient, pour te comprendre: le danseur n'a-t-il pas ses oreilles dans ses orteils !
Je bondissais vers toi: alors tu as pris la fuite devant le bond que je fis; et vers moi se tendaient, telles des langues, les pointes de tes cheveux fuyants, s'envolant !
Je m'éloignais de toi et de tes serpents en bondissant: or tu te tenais déjà, à demi tournée, l'oeil avide.
Avec des regards obliques - tu m'enseignes des voies obliques; sur des voies obliques, mon pied apprend des ruses.
[...]"

 

Et le contexte n'aide pas vraiment à comprendre :) Quand on sait qu'en plus Nietzsche a écrit tout ça en quelques jours, difficile de ne pas l'imaginer dans une certaine transe dans laquelle les mots sortaient tout seuls.

De toute façon, on en revient au débat classique: faut-il forcément comprendre pour apprécier quelque chose ? J'ai adoré les films Mulholland Drive ou Lost Highway dès la première vision alors que je n'y avais rien compris ou presque (voir aussi le billet http://spaces.msn.com/members/aleski/Blog/cns!1psxdDYkc3uix61ZUhux7cOQ!224.entry), on peut être sensible à la poésie ou à la peinture sans pouvoir l'expliquer verbalement, etc...

 

Ainsi parlait Zarathoustra   

3月3日

Pensées de Pascal (11)

Les fragments non enregistrés par la seconde copie (suite)


151. "[...] Tout le monde fait le dieu en jugeant. "Cela est bon ou mauvais" et s'affligeant ou se réjouissant trop des évènements."

152. "Il est vrai qu'il y a de la peine en entrant dans la piété. Mais cette peine ne vient pas de la piété qui commence d'être en nous, mais de l'impiété qui y est encore. [...]"

153. "Le moindre mouvement importe à toute la nature: la mer entière change pour une pierre. Ainsi dans la grâce la moindre action importe pour ses suites à tout, donc tout est important."

Karma et effet papillon...

154. "On ne s'ennuie point de manger et dormir tous les jours, car la faim renaît et le sommeil. Sans cela on s'en ennuierait. [...]"

155. "Le sommeil est l'image de la mort, dites-vous; et moi je dis qu'il est plutôt l'image de la vie."

Réponse à Montaigne.

156. "La contradiction a toujours été laissée pour aveugler les méchants. Car tout ce qui choque la vérité ou la charité est mauvais. Voilà le vrai principe."


Image from Image of Pascal's Pensees

Et voilà, j'en ai fini avec ce grand classique de la littérature française que sont les Pensées ! Vu l'incroyable engouement généré, je pense que ça n'attristera personne :)
De très nombreuses biographies (et analyses) de Pascal ont été écrites. Par exemple, en 2000 Jacques Attali (qui lui-même n'est pas le premier crétin venu: major de Polytechnique, IEP, ENA, etc.) a sorti Blaise Pascal: le génie français. Mais si vous préférez lire les violentes critiques que Voltaire a faites des Pensées (ou quand un athée optimiste se moque d'un janséniste pessimiste), rendez-vous ici: http://agora.qc.ca/reftext.nsf/Documents/Pascal--Remarques_sur_les_Pensees_de_Pascal_par_Voltaire

Je vais maintenant lire du Nietzsche, mais il y aura probablement beaucoup moins de citations à en tirer...

3月2日

Yoga

Je me suis lancé en m'inscrivant ce soir à une école d'Ashtanga Yoga, qui est une forme de yoga traditionnel dynamique (hatha) plutôt que relaxante, et née en Inde il y a plus de 4000 ans. Un site à visiter: http://www.yoga-ashtanga.com/

Pour l'instant je ne peux pas en dire grand chose, à part que c'est plus physique qu'on peut le croire au premier abord, et que ce n'est pas désagréable. Ca aide beaucoup d'être souple (traduction: moi j'en **** :)

A suivre pour de plus amples informations...

Pensées de Pascal (10)

Pensées mêlées (suite)

 

136. "Car il ne faut pas se méconnaître: nous sommes automate autant qu'esprit. Et de là vient que l'instrument par lequel la persuasion se fait n'est pas la seule démonstration. Combien y a-t-il peu de choses démontrées ! Les preuves ne convainquent que l'esprit; la coutume fait nos preuves les plus fortes et les plus crues: elle incline l'automate, qui entraîne l'esprit sans qu'il y pense. Qui a démontré qu'il sera demain jour, et que nous mourrons ? Et qu'y a t-il de plus cru ? [...]"

Rappelons que quelques années plus tôt, Descartes avait présenté sa théorie de l'animal-machine - automate, donc...

137. "La raison agit avec lenteur, et avec tant de vues, sur tant de principes, lesquels il faut qu'ils soient toujours présents, qu'à toute heure elle s'assoupit ou s'égare, manque d'avoir tous ses principes présents. Le sentiment n'agit pas ainsi; il agit en un instant, et toujours est prêt à agir. Il faut donc mettre notre foi dans le sentiment, autrement elle sera toujours vacillante."

138. "On doit avoir pitié des uns et des autres. Mais on doit avoir pour les uns une pitié qui naît de tendresse, et pour les autres une pitié qui naît de mépris."

139. "Il est sans doute qu'il n'y a point de bien sans la connaissance de Dieu, qu'à mesure qu'on en approche on est heureux, et que le dernier bonheur est de le connaître avec certitude, qu'à mesure qu'on s'en éloigne on est malheureux, et que le dernier malheur serait la certitude du contraire."

140. "C'est donc un malheur que de douter, mais c'est un devoir indispensable de chercher dans le doute. Et ainsi celui qui doute et qui ne cherche pas est tout ensemble malheureux et injuste. Que s'il est avec cela gai et présomptueux, je n'ai point de terme pour qualifier une si extravagante créature."

141. "Que je serais heureux, si j'étais en cet état, qu'on eût pitié de ma sottise et qu'on eût la bonté de m'en tirer malgré moi !"

142. "A mesure qu'on a plus d'esprit, on trouve qu'il y a plus d'hommes originaux. Les gens du commun ne trouvent point de différence entre les hommes."

143. "[...] Il y a donc deux sortes d'esprits: l'une, de pénétrer vivement et profondément les conséquences des principes, et c'est là l'esprit de justesse; l'autre, de comprendre un grand nombre de principes sans les confondre, et c'est là l'esprit de géométrie. L'une est force et droiture d'esprit, l'autre est amplitude d'esprit. Or l'un peut bien être sans l'autre, l'esprit pouvant être fort et étroit, et pouvant être aussi ample et faible."

En gros, l'esprit de justesse ou de finesse correspond à la logique intuitive, et l'esprit de géométrie au raisonnement de type mathématique.

144. "Géométrie / finesse.
La vraie éloquence se moque de l'éloquence. La vraie morale se moque de la morale, c'est-à-dire que la morale du jugement se moque de la morale de l'esprit, qui est sans règles.
Car le jugement est celui à qui appartient le sentiment, comme les sciences appartiennent à l'esprit. La finesse est la part du jugement, la géométrie est celle de l'esprit.
Se moquer de la philosophie, c'est vraiment philosopher.
"

La dernière phrase est une provocation antique bien connue (déjà rapportée par Montaigne).

145. "[...] Nier, croire et douter bien, sont à l'homme ce que le courir est au cheval."


Pensées sur les miracles

 

146. "Athées.
Quelle raison ont-ils de dire qu'on ne peut ressusciter ? Quel est plus difficile: de naître ou de ressusciter ? Que ce qui n'a jamais été soit, ou que ce qui a été soit encore ? Est-il plus difficile de venir en être que d'y revenir ? La coutume nous rend l'un facile, le manque de coutume rend l'autre impossible. Populaire façon de juger !
"

147. "Toutes les occupations des hommes sont à avoir du bien. Et ils n'ont ni titre pour le posséder justement, ni force pour le posséder sûrement. De même la science, les plaisirs. Nous n'avons ni le vrai, ni le bien."

148. "Pyrrhonisme.
Chaque chose est ici vraie en partie, fausse en partie. La vérité essentielle n'est point ainsi, elle est toute pure et toute vraie. Ce mélange la déshonore et l'anéantit. Rien n'est purement vrai, et ainsi rien n'est vrai en l'entendant du pur vrai. On dira qu'il est vrai que l'homicide est mauvais. Oui, car nous connaissons bien le mal et le faux. Mais que dira-t-on qui soit bon ? La chasteté ? Je dis que non, car le monde finirait. Le mariage ? non, la continence vaut mieux. De ne point tuer ? non, car les désordres seraient horribles et les méchants tueraient tous les bons. De tuer ? non, car cela détruit la nature. Nous n'avons ni vrai ni bien qu'en partie, et mêlé de mal et de faux.
"


Les fragments non enregistrés par la seconde copie


149. "Les hommes prennent souvent leur imagination pour leur coeur: et ils croient être convertis dès qu'ils pensent à se convertir."

150. "La nature de l'amour propre et de ce moi humain est de n'aimer que soi et de ne considérer que soi. Mais que fera-t-il ? Il ne saurait empêcher que cet objet qu'il aime ne soit plein de défauts et de misères; il veut être grand, et il se voit petit; il veut être heureux, et il se voit misérable; il veut être parfait, et il se voit plein d'imperfections; il veut être l'objet de l'amour et de l'estime des hommes, et il voit que ses défauts ne méritent que leur aversion et leur mépris. Cet embarras où il se trouve produit en lui la plus injuste et la plus criminelle passion qu'il soit possible de s'imaginer; car il conçoit une haine mortelle contre cette vérité qui le reprend, et qui le convainc de ses défauts. Il désirerait de l'anéantir, et, ne pouvant la détruire en elle-même, il la détruit, autant qu'il peut, dans sa connaissance et dans celle des autres; c'est-à-dire qu'il met tout son soin à couvrir ses défauts et aux autres et à soi-même, et qu'il ne peut souffrir qu'on les lui fasse voir, ni qu'on les voie.
C'est sans doute un mal que d'être plein de défauts; mais c'est encore un plus grand mal que d'en être plein et de ne les vouloir pas reconnaître, puisque c'est ajouter encore celui d'une illusion volontaire. Nous ne voulons pas que les autres nous trompent; et nous ne trouvons pas juste qu'ils veuillent être estimés de nous plus qu'ils ne méritent: il n'est donc pas juste aussi que nous les trompions et que nous voulions qu'ils nous estiment plus que nous ne méritons.

[...] Ainsi la vie humaine n'est qu'une illusion perpétuelle; on ne fait que s'entre-tromper et s'entre-flatter. Personne ne parle de nous en notre présence comme il en parle en notre absence. L'union qui est entre les hommes n'est fondée que sur cette mutuelle tromperie; et peu d'amitiés subsiteraient, si chacun savait ce que son ami dit de lui lorsqu'il n'y est pas, quoiqu'il en parle alors sincèrement et sans passion.
L'homme n'est donc que déguisement, que mensonge et hypocrisie, et en soi-même et à l'égard des autres. Il ne veut pas qu'on lui dise la vérité. Il évite de la dire aux autres. Et toutes ces dispositions, si éloignées de la justice et de la raison, ont une racine naturelle dans son coeur.
"

Texte très célèbre, sévère et pertinent, même si l'argument de corruption naturelle reste contestable.

3月1日

Pensées de Pascal (9)

Pensées mêlées (suite)

 

121. "La raison nous commande bien plus impérieusement qu'un maître, car en désobéissant à l'un on est malheureux et en désobéissant à l'autre on est un sot."

122. "Les princes et rois jouent quelquefois, ils ne sont pas toujours sur leurs trônes: ils s'y ennuieraient. La grandeur a besoin d'être quittée pour être sentie. La continuité dégoûte en tout. Le froid est agréable pour se chauffer."

123. "Rien ne nous plaît que le combat, mais non pas la victoire.
On aime à voir les combats des animaux, non le vainqueur acharné sur le vaincu. Que voulait-on voir, sinon la fin de la victoire ? Et dès qu'elle arrive, on en est saoul. Ainsi dans le jeu, ainsi dans la recherche de la vérité: on aime à voir dans les disputes le combat des opinions, mais de contempler la vérité trouvée, point du tout. Pour la faire remarquer avec plaisir, il faut la faire voir naître de la dispute. De même dans les passions il y a du plaisir à voir deux contraires se heurter, mais quand l'une est maîtresse, ce n'est plus que brutalité. Nous ne cherchons jamais les choses, mais la recherche des choses. Ainsi, dans les comédies, les scènes contentes sans crainte ne valent rien, ni les extrêmes misères sans espérance, ni les amours brutaux, ni les sévérités âpres.
"

124. "[...] Tout ce qui se perfectionne par progrès périt aussi par progrès. Tout ce qui a été faible ne peut jamais être absolument fort. On a beau dire: Il est crû, il est changé; il est aussi le même."

125. "Quand on veut poursuivre les vertus jusques aux extrêmes, de part et d'autre il se présente des vices qui s'y insinuent insensiblement, dans leurs routes insensibles du côté du petit infini. Et il s'en présente, des vices, en foule du côté du grand infini. De sorte qu'on se perd dans les vices et on ne voit plus les vertus.
On se prend à la perfection même.
"

126. "Je mets en fait que si tous les hommes savaient ce qu'ils disent les uns des autres, il n'y aurait pas quatre amis dans le monde. Cela paraît par les querelles que causent les rapports indiscrets qu'on en fait quelquefois."

J'adore encore :) Que dire à part que je suis entièrement d'accord...

127. "[...] Et par sa [celle de Jésus-Christ] grâce j'attends la mort en paix, dans l'espérance de lui être éternellement uni et je vis cependant avec joie, soit dans les biens qu'il lui plaît de me donner, soit dans les maux qu'il m'envoie pour mon bien et qu'il m'a appris à souffrir par son exemple."

Là je suis beaucoup moins d'accord :)

128. "Il n'est pas honteux à l'homme de succomber sous la douleur, et il lui est honteux de succomber sous le plaisir. Ce qui ne vient pas de ce que la douleur nous vient d'ailleurs, et que nous recherchons le plaisir; car on peut rechercher la douleur, et y succomber à dessein, sans ce genre de bassesse. D'où vient donc qu'il est glorieux à la raison de succomber sous l'effort de la douleur, et qu'il lui est honteux de succomber sous l'effort du plaisir ? C'est que ce n'est pas la douleur qui nous tente et nous attire. C'est nous-mêmes qui volontairement la choisissons et voulons la faire dominer sur nous, de sorte que nous sommes maîtres de la chose; et en cela c'est l'homme qui succombe à soi-même. Mais dans le plaisir, c'est l'homme qui succombe au plaisir. Or il n'y a que la maîtrise et l'empire qui fasse la gloire, et que la servitude qui fasse honte."

129. "L'Ecriture a pourvu de passages pour consoler toutes les conditions, et pour intimider toutes les conditions.
La nature semble avoir fait la même chose par ces deux infinis, naturels et moraux: car nous aurons toujours du dessus et du dessous, de plus habiles et de moins habiles, de plus élevés et de plus misérables, pour abaisser notre orgueil, et relever notre abjection.
"

130. "Le temps guérit les douleurs et les querelles, parce qu'on change: on n'est plus la même personne; ni l'offensant, ni l'offensé ne sont plus eux-mêmes. C'est comme un peuple qu'on a irrité et qu'on reverrait après deux générations: ce sont encore les Français, mais non les mêmes."

Un peu en contradiction avec la citation 124 mais bon...

131. "Si nous rêvions toutes les nuits la même chose, elle nous affecterait autant que les objets que nous voyons tous les jours. Et si un artisan était sûr de rêver toutes les nuits, douze heures durant, qu'on est roi, je crois qu'il serait presque aussi heureux qu'un roi qui rêverait toutes les nuits, douze heures durant, qu'il serait artisan. [...]"

132. "[...] Car la vie est un songe, un peu moins inconstant."

133. "En sachant la passion dominante de chacun, on est sûr de lui plaire. Et néanmoins chacun a ses fantaisies contraires à son propre bien dans l'idée même qu'il a du bien. Et c'est une bizarrerie qui met hors de gamme."

134. "Nous ne nous contentons pas de la vie que nous avons en nous et en notre propre être: nous voulons vivre dans l'idée des autres d'une vie imaginaire, et nous nous efforçons pour cela de paraître. Nous travaillons incessamment à embellir et conserver notre être imaginaire, et négligeons le véritable. Et si nous avons ou la tranquillité, ou la générosité, ou la fidélité, nous nous empressons de le faire savoir, afin d'attacher ces vertus-là à notre autre être, et les détacherions plutôt de nous pour les joindre à l'autre. Nous serions de bon coeur poltrons pour en acquérir la réputation d'être vaillants. Grande marque du néant de notre propre être, de n'être pas satisfait de l'un sans l'autre, et d'échanger souvent l'un pour l'autre ! Car qui ne mourrait pour conserver son honneur, celui-là serait infâme."

135. "Jamais on ne fait le mal si pleinement et si gaiement que quand on le fait par conscience."

Pensées de Pascal (8)

Pensées mêlées (suite)

 

106. "Voulez-vous qu'on croie du bien de vous ? n'en dites pas."

J'adore !

107. "Nous ne nous soutenons pas dans la vertu par notre propre force, mais par le contrepoids de deux vices opposés, comme nous demeurons debout entre deux vents contraires. Otez un de ces vices, nous tombons dans l'autre."

108. "Ordre.
La nature a mis toutes ses vérités chacune en soi-même. Notre art les renferme les unes dans les autres, mais cela n'est pas naturel. Chacune tient sa place.
"

109. "Gloire.
Les bêtes ne s'admirent point. Un cheval n'admire point son compagnon. Ce n'est pas qu'il n'y ait entre eux de l'émulation à la course, mais c'est sans conséquence, car étant à l'étable le plus pesant et plus mal taillé n'en cède pas son avoine à l'autre, comme les hommes veulent qu'on leur fasse. Leur vertu se satisfait d'elle-même.
"

110. "Qu'est-ce que le moi ?
Un homme qui se met à la fenêtre pour voir les passants, si je passe par là, puis-je dire qu'il s'est mis là pour me voir ? Non, car il ne pense pas à moi en particulier. Mais celui qui aime quelqu'un à cause de sa beauté, l'aime-t-il ? Non, car la petite vérole, qui tuera la beauté sans tuer la personne, fera qu'il ne l'aimera plus.
Et si on m'aime pour mon jugement, pour ma mémoire, m'aime-t-on moi ? Non, car je puis perdre ces qualités sans me perdre moi. Où est donc ce moi, s'il n'est ni dans le corps, ni dans l'âme ? Et comment aimer le corps ou l'âme sinon pour ses qualités, qui ne sont point ce qui fait le moi, puisqu'elles sont périssables ? Car aimerait-on la substance de l'âme d'une personne abstraitement, et quelques qualités qui y fussent ? Cela ne se peut et serait injuste. On n'aime donc jamais personne, mais seulement des qualités.
Qu'on ne se moque donc plus de ceux qui se font honorer pour des charges et des offices ! Car on n'aime personne que pour des qualités empruntées.
"

"On n'aime donc jamais personne, mais seulement des qualités" : d'un côté je comprends ce que Pascal veut dire, de l'autre cette pensée me dérange un peu - et sans doute tous ceux qui ont déjà été amoureux... De plus il y a plusieurs types d'amour... Une excellente analyse de ce texte est lisible ici: http://members.fortunecity.com/xphilo/corriges_2000_2001/pascal_moi.htm
Ca me fait aussi penser aux histoires d'amour "sabotées" par l'amnésie subite de l'un ou l'autre. Est-il encore possible d'aimer dans ces conditions, avec l'un qui a oublié qu'on l'aime et qu'il aime, et l'autre qui ne voit plus que le fantôme de son ex-amant(e) ? Est-ce que l'amnésique perd ses qualités, son histoire qui bâtissait son "moi" et qui faisaient qu'on l'aimait ? J'espère ne jamais vivre la situation en tout cas !

111. "Ceux qui sont dans le dérèglement disent à ceux qui sont dans l'ordre que ce sont eux qui s'éloignent de la nature, et ils la croient suivre: comme ceux qui sont dans un vaisseau croient que ceux qui sont au bord fuient. Le langage est pareil de tous côtés. Il faut avoir un point fixe, pour en juger. Le port juge ceux qui sont dans un vaisseau. Mais où prendrons-nous un port dans la morale ?"

Tout est relatif :)

112. "Quand on veut reprendre avec utilité et montrer à un autre qu'il se trompe, il faut observer par quel côté il envisage la chose, car elle est vraie ordinairement de ce côté-là, et lui avouer cette vérité, mais lui découvrir le côté par où elle est fausse. Il se contente de cela, car il voit qu'il ne se trompait pas et qu'il manquait seulement à voir tous les côtés. Or on ne se fâche pas de ne pas tout voir, mais on ne veut pas être trompé. Et peut-être que cela vient de ce que naturellement l'homme ne peut tout voir, et de ce que naturellement il ne se peut tromper dans le côté qu'il envisage, comme les appréhensions des sens sont toujours vraies."

113. "Ayant considéré d'où vient qu'il y a tant de faux miracles, de fausses révélations, sortilèges, etc., il m'a paru que la véritable cause est qu'il y en a de vrais. Car il ne serait pas possible qu'il y eût tant de faux miracles s'il n'y en avait de vrais, ni tant de fausses révélations s'il n'y en avait de vraies, ni tant de religions s'il n'y en avait une véritable. Car s'il n'y avait jamais eu de tout cela, il est comme impossible que les hommes se le fussent imaginé, et encore plus impossible que tant d'autres l'eussent cru. [...]"

Hum l'argument me semble un peu léger, d'autant plus que Pascal croyait à la Création et au Déluge (deux siècles avant Darwin, certes).

114. "On se persuade mieux, pour l'ordinaire, par les raisons qu'on a soi-même trouvées, que par celles qui sont venues dans l'esprit des autres."

Toujours en raison de la vanité humaine je présume...

115. "La vérité est si obscurcie en ce temps, et le mensonge si établi, qu'à moins que d'aimer la vérité, on ne saurait la connaître."

116. "Quoique les personnes n'aient point d'intérêt à ce qu'elles disent, il ne faut pas conclure de là absolument qu'ils ne mentent point. Car il y a des gens qui mentent simplement pour mentir."

Bam.

117. "Lorsqu'on ne sait pas la vérité d'une chose, il est bon qu'il y ait une erreur commune qui fixe l'esprit des hommes, comme par exemple la lune, à qui on attribue le changement des saisons, le progrès des maladies, etc. Car la maladie principale de l'homme est la curiosité inquiète des choses qu'il ne peut savoir. Et il ne lui est pas si mauvais d'être dans l'erreur, que dans cette curiosité inutile."

Mais quid des questions métaphysiques ? Pascal n'était pourtant pas agnostique...

118. "Ceux qui sont accoutumés à juger par le sentiment ne comprennent rien aux choses de raisonnement. Car ils veulent d'abord pénétrer d'une vue et ne sont point accoutumés à chercher les principes. Et les autres, au contraire, qui sont accoutumés à raisonner par principes, ne comprennent rien aux choses de sentiment, y cherchant des principes et ne pouvant voir d'une vue."

Choisissez votre camp...

119. "Pensée.
Toute la dignité de l'homme est en la pensée. Mais qu'est-ce que cette pensée ? Qu'elle est sotte ?
La pensée est donc une chose admirable et incomparable par sa nature. Il fallait qu'elle eût d'étranges défauts pour être méprisable. Mais elle en a de tels que rien n'est plus ridicule. Qu'elle est grande par sa nature, qu'elle est basse par ses défauts."
"Pensée fait la grandeur de l'homme."

L'une des citations les plus connues de Pascal.

120. "L'écoulement.
C'est une chose horrible de sentir s'écouler tout ce qu'on possède.
"

2月28日

Pensées de Pascal (7)

Pensées mêlées (suite)

 

91. "Il n'y a que deux sortes d'hommes: les uns justes, qui se croient pécheurs; les autres pécheurs, qui se croient justes."

92. "[...] Car il n'est pas certain que nous voyions demain, mais il est certainement possible que nous ne le voyions pas [le jour de demain]. On n'en peut pas dire autant de la religion. Il n'est pas certain qu'elle soit, mais qui osera dire qu'il est certainement possible qu'elle ne soit pas ? Or quand on travaille pour demain et pour l'incertain, on agit avec raison.
Car on doit travailler pour l'incertain, par la règle des partis, qui est démontrée.
"

Cette règle des partis, c'est le calcul de probabilités de gain ou de perte; cela renvoie au fameux pari de Pascal expliqué dans la "Lettre d'ôter les obstacles ou Discours de la machine" de l'Ouverture: "[...] Examinons donc ce point et disons: Dieu est, ou il n'est pas. Mais de quel côté pencherons-nous ? La raison n'y peut rien déterminer. Il y a un chaos infini qui nous sépare. [...]
Oui, mais il faut parier. Cela n'est pas volontaire, vous êtes embarqué. Lequel prendrez-vous donc ? Voyons. Puisqu'il faut choisir, voyons ce qui vous intéresse le moins. Vous avez deux choses à perdre: le vrai et le bien, et deux choses à engager: votre raison et votre volonté, votre connaissance et votre béatitude; et votre nature a deux choses à fuir: l'erreur et la misère. Votre raison n'est pas plus blessée, puisqu'il faut nécessairement choisir, en choisissant l'un que l'autre. Voilà un point vidé. Mais votre béatitude ? Pesons le gain et la perte, en prenant croix que Dieu est. Estimons ces deux cas: Si vous gagnez, vous gagnez tout; si vous perdez, vous ne perdez rien. Gagez donc qu'il est, sans hésiter ! [...]"

93. "Rien ne fait mieux entendre combien un faux sonnet est ridicule que d'en considérer la nature et le modèle, et de s'imaginer ensuite une femme ou une maison faite sur ce modèle-là."

Marrant !

94. "Le moi est haïssable. [...]"

Attention aux mauvaises interprétations, "moi" signifie ici l'amour-propre.

95. "Il est indubitable que, que l'âme soit mortelle ou immortelle, cela doit mettre une différence entière dans la morale. Et cependant les philosophes ont conduit leur morale indépendamment de cela !"

96. "Tous leurs principes sont vrais, des pyrrhoniens, des stoïques, des athées, etc. Mais leurs conclusions sont fausses, parce que les principes opposés sont vrais aussi."

97. "La vanité est si ancrée dans le coeur de l'homme qu'un soldat, un goujat, un cuisinier, un crocheteur se vante et veut avoir ses admirateurs, et les philosophes même en veulent, et ceux qui écrivent contre veulent avoir la gloire d'avoir bien écrit, et ceux qui les lisent veulent avoir la gloire de les avoir lus, et moi qui écris ceci ai peut-être cette envie, et peut-être que ceux qui le liront..."

Héhé ! On n'en sort jamais... Mais c'est ô combien vrai. Rien que ce blog en est une preuve... Pourquoi il est tant à la mode aujourd'hui d'avoir son blog, si ce n'est pour flatter son égo et être fier que d'autres le lisent et laissent des commentaires ? Alors que pour la plupart ces blogs ne présentent aucun intérêt !...

98. "L'orgueil nous tient d'une possession si naturelle au milieu de nos misères, erreur, etc., que nous perdons encore la vie avec joie, pourvu qu'on en parle."

99. "La nature nous rendant toujours malheureux en tous états, nos désirs nous figurent un état heureux, parce qu'ils joignent à l'état où nous sommes les plaisirs de l'état où nous ne sommes pas. Et quand nous arriverions à ces plaisirs, nous ne serions pas heureux pour cela, parce que nous aurions d'autres désirs conformes à ce nouvel état. [...]"

Et pourtant l'espoir fait vivre...

100. "Sentiment.
La mémoire, la joie sont des sentiments. Et même les propositions géométriques deviennent sentiments, car la raison rend les sentiments naturels et les sentiments naturels s'effacent par la raison.
"

101. "N'avez-vous jamais vu des gens qui, pour se plaindre du peu d'état que vous faites d'eux, vous étalent l'exemple de gens de condition qui les estiment ? Je leur répondrais à cela: "Montrez-moi le mérite par où vous avez charmé ces personnes, et je vous estimerai de même.""

102. "La mémoire est nécessaire pour toutes les opérations de la raison.
Quand un discours naturel peint une passion ou un effet, on trouve dans soi-même la vérité de ce qu'on entend, laquelle on ne savait pas qu'elle y fût, de sorte qu'on est porté à aimer celui qui nous la fait sentir, car il ne nous a point fait montre de son bien, mais du nôtre. Et ainsi ce bien fait nous le rend aimable, outre que cette communauté d'intelligence que nous avons avec lui incline nécessairement le coeur à l'aimer.
"

103. "En écrivant ma pensée, elle m'échappe quelquefois, mais cela me fait souvenir de ma faiblesse, que j'oublie à toute heure. Ce qui m'instruit autant que ma pensée oubliée, car je ne tiens qu'à connaître mon néant."

Bigre !

104. "Faut-il tuer pour empêcher qu'il n'y ait des méchants ?
C'est en faire deux au lieu d'un.
[...]"

Ou comment montrer l'absurdité de la peine de mort en quelques mots...

105. "L'empire fondé sur l'opinion et l'imagination règne quelque temps, et cet empire est doux et volontaire. Celui de la force règne toujours. Ainsi l'opinion est comme la reine du monde, mais la force en est le tyran."

Pensées de Pascal (6)

Deuxième partie: Connaissance de Dieu (suite)

 

76. "[...] Quelle part a-t-il donc à cet éclat ? Jamais homme n'a eu tant d'éclat, jamais homme n'a eu plus d'ignominie. Tout cet éclat n'a servi qu'à nous, pour nous le rendre reconnaissable, et il n'en a rien eu pour lui."

Il = Jésus-Christ of course...

77. "Qu'il y a loin de la connaissance de Dieu à l'aimer."


De l'ordre

 

78. "La vraie nature de l'homme, son vrai bien, la vraie vertu et la vraie religion sont choses dont la connaissance est inséparable."

79. "Quand nous voulons penser à Dieu, n'y a-t-il rien qui nous détourne, nous tente de penser ailleurs, tout cela est mauvais et né avec nous."

80. "Si l'homme n'est fait pour Dieu pourquoi n'est-il heureux qu'en Dieu ?
Si l'homme est fait pour Dieu pourquoi est-il si contraire à Dieu ?
"

81. "Nous souhaitons la vérité et ne trouvons en nous qu'incertitude.
Nous recherchons le bonheur et ne trouvons que misère et mort.
Nous sommes incapables de ne pas souhaiter la vérité et le bonheur et sommes incapables ni de certitude ni de bonheur.
Ce désir nous est laissé tant pour nous punir que pour nous faire sentir d'où nous sommes tombés.
"

Allusion au péché originel.

82. "Je blâme également et ceux qui prennent parti de louer l'homme et ceux qui le prennent de le blâmer et ceux qui le prennent de se divertir et je ne puis approuver que ceux qui cherchent en gémissant."

83. "Instinct, raison.
Nous avons une impuissance de prouver invincible à tout le dogmatisme.
Nous avons une idée de la vérité invincible à tout le pyrrhonisme.
"

84. "Les stoïques disent: "Rentrez au-dedans de vous-même. C'est là où vous trouverez votre repos" - Et cela n'est pas vrai.
Les autres disent: "Sortez dehors et cherchez le bonheur en un divertissement." Et cela n'est pas vrai. Les maladies viennent.
Le bonheur n'est ni hors de nous ni dans nous. Il est en Dieu, et hors et dans nous.
"

85. "Grandeur de l'homme.
Nous avons une si grande idée de l'âme de l'homme que nous ne pouvons souffrir d'en être méprisés et de n'être pas dans l'estime d'une âme. Et toute la félicité des hommes consiste dans cette estime.
"

Difficile à nier effectivement...

86. "Les hommes sont si nécessairement fous que ce serait être fou par un autre tour de folie de n'être pas fou."

Curieux !

87. "Misère.
La seule chose qui nous console de nos misères est le divertissement, et cependant c'est la plus grande de nos misères. Car c'est cela qui nous empêche principalement de songer à nous, et qui nous fait perdre insensiblement. Sans cela nous serions dans l'ennui, et cet ennui nous pousserait à chercher un moyen plus solide d'en sortir, mais le divertissement nous amuse et nous fait arriver insensiblement à la mort.
"

Voir aussi le billet du 5 février sur le divertissement.


Pensées mêlées

 

88. "Tout notre raisonnement se réduit à céder au sentiment. [...]"

89. "Ces choses qui nous tiennent le plus, comme de cacher son peu de bien, ce n'est souvent presque rien. C'est un néant que notre imagination grossit en montagne: un autre tour d'imagination nous le fait découvrir sans peine."

90. "L'imagination grossit les petits objets jusqu'à en remplir notre âme par une estimation fantastique, et par une insolence téméraire elle amoindrit les grandes jusqu'à sa mesure, comme en parlant de Dieu."

Voir aussi la citation 11 sur l'imagination.

Pensées de Pascal (5)

Deuxième partie: Connaissance de Dieu (suite)

 

61. "Qu'ont-ils à dire contre la résurrection, et contre l'enfantement d'une Vierge ? Qu'est-il plus difficile, de produire un homme ou un animal, que de le reproduire ? Et s'ils n'avaient jamais vu une espèce d'animaux, pourraient-ils deviner s'ils se produisent sans la compagnie les uns des autres ?"

62. "L'unique objet de l'Ecriture est la charité."

L'Ecriture, c'est l'Ancien et le Nouveau Testament, et la charité c'est l'amour de Dieu.

63. "Jésus-Christ n'a fait autre chose qu'apprendre aux hommes qu'ils s'aimaient eux-mêmes, qu'ils étaient esclaves, aveugles, malades, malheureux et pécheurs, qu'il fallait qu'il les délivrât, éclairât, béatifiât et guérît, que cela se ferait en se haïssant soi-même et en le suivant par la misère et la mort de la croix."

64. "Figures.
Quand la parole de Dieu, qui est véritable, est fausse littéralement, elle est vraie spirituellement.
[...] Nous disons que le sens littéral n'est pas le vrai parce que les prophètes l'ont dit eux-mêmes."

65. "[...] Cela est admirable d'avoir rendu les Juifs grands amateurs des choses prédites et grands ennemis de l'accomplissement."

66. "Figures.
Pour montrer que l'Ancien Testament est - n'est que - figuratif et que les prophètes entendaient par les biens temporels d'autres biens, c'est: 1. que cela serait indigne de Dieu. - 2. que leurs discours expriment très clairement la promesse des biens temporels et qu'ils disent néanmoins que leurs discours sont obscurs et que leur sens ne sera point entendu
[...]."

Pratique :)

67. "[...] Car il y a deux principes qui partagent les volontés des hommes: la cupidité et la charité. Ce n'est pas que la cupidité ne puisse être avec la foi en Dieu, et que la charité ne soit pas avec les biens de la terre. Mais la cupidité use de Dieu et jouit du monde, et la charité au contraire. [...]"

La volonté au XVIIe siècle est l'ensemble des désirs, conscients ou inconscients, des réactions instinctives.

68. "[...] La religion des Juifs semblait consister essentiellement en la paternité d'Abraham, en la circoncision, aux sacrifices, aux cérémonies, en l'arche, au temple, en Jérusalem, et enfin en la loi et en l'alliance de Moïse.
Je dis qu'elle ne consistait en aucune de ces choses, mais seulement en l'amour de Dieu, et que Dieu réprouvait toutes les autres choses.
[...]"

C'est-à-dire que les juifs auraient mal interprété les écrits bibliques (vu qu'ils sont figuratifs, ce n'est guère étonnant...) et que tous les rituels qu'ils faisaient au nom de Dieu étaient finalement inutiles. Par exemple, il fallait comprendre circoncision de l'esprit, i.e. l'ascèse, et non pas physique.

69. "[...] Les Juifs charnels attendaient un Messie charnel et les chrétiens grossiers croient que le Messie les a dispensés d'aimer Dieu. Les vrais Juifs et les vrais chrétiens adorent un Messie qui leur fait aimer Dieu."

Les juifs attendaient un Messie "charnel" qui leur fournirait des richesses et n'ont donc pas reconnu Jésus-Christ qui n'offrait que des biens spirituels. Par ailleurs, cette non-reconnaissance de Jésus par la plupart des juifs aurait été prédite, signe que Dieu voulait condamner ce peuple qu'il avait autrefois béni et qui l'a déçu.

70. "[...] Le coeur a son ordre, l'esprit a le sien, qui est par principe et démonstration. Le coeur en a un autre. On ne prouve pas qu'on doit être aimé en exposant d'ordre les causes de l'amour, cela serait ridicule."

71. "La distance infinie des corps aux esprits, figure la distance infiniment plus infinie des esprits à la charité, car elle est surnaturelle."

72. "Tous les corps, le firmament, les étoiles, la terre et ses royaumes, ne valent pas le moindre des esprits. Car il connaît tout cela, et soi, et les corps rien.
Tous les corps ensemble et tous les esprits ensemble et toutes leurs productions ne valent pas le moindre mouvement de charité. Cela est d'un ordre infiniment plus élevé.
"

73. "Tout homme peut faire ce qu'a fait Mahomet, car il n'a point fait de miracles, il n'a point été prédit. Nul homme ne peut faire ce qu'a fait Jésus-Christ."

Pascal continue de "prouver" que la religion chrétienne est la seule vraie religion.

74. "[...] Or si les passions ne nous tenaient point, huit jours et cent ans sont une même chose."
"Afin que la passion ne nuise point, faisons comme s'il n'y avait que huit jours de vie.
"

75. "[...] Prophétiser, c'est parler de Dieu non par preuves du dehors mais par sentiment intérieur et immédiat."

2月21日

Spiritualité

Shri Aurobindo, grand penseur indien du XXe siècle, a défini la spiritualité comme suit:

"Il faut insister sur le fait que la spiritualité ne se ramène pas à une haute intellectualité, ni à un idéalisme, ni à quelque penchant éthique du mental ou à une pureté et une austérité morale, ni à une religiosité ou ferveur émotive ardente et exaltée… Une croyance mentale, un credo ou une foi, une aspiration émotive, une réglementation de la conduite d’après une formule religieuse ou morale, ne sont pas l’expérience spirituelle et la réalisation spirituelle… La spiritualité est un éveil à la réalité intérieure de notre être, à l’Esprit, au Soi, à l’Ame qui est autre que notre mental, que notre vie et notre corps, c’est une aspiration intérieure à connaître et à sentir Cela, à entrer en contact avec la Réalité plus grande qui dépasse l’univers et le pénètre et qui habite aussi notre être lui-même."

Voilà pour la théorie; en pratique, c'est une autre paire de manches...
Lecture conseillée: cours de philo "De la religion à la spiritualité" http://sergecar.club.fr/cours/religio2.htm

A part ça, même si tout le monde s'en fout, je vous annonce qu'il n'y aura pas de mise à jour avant au moins une semaine pour cause de vacances en Angleterre :)

 

2月19日

Pensées de Pascal (4)

Transition: De la connaissance de l'homme à Dieu (suite)

 

46. "Puisqu'on ne peut être universel en sachant tout ce qui se peut savoir sur tout, il faut savoir peu de tout. Car il est bien plus beau de savoir quelque chose que de savoir tout d'une chose. Cette universalité est la plus belle. [...]"

47. "Rien ne montre mieux la vanité des hommes que de considérer quelle cause et quels effets de l'amour, car tout l'univers en est changé. Le nez de Cléopâtre."

Plus loin, Pascal reformule: "[...] Et les effets en sont effroyables. [...] Le nez de Cléopâtre s'il eût été plus court toute la face de la terre aurait changé."

 

Disproportion de l'homme (48-52)

48. "[...] Car enfin qu'est-ce que l'homme dans la nature ? Un néant à l'égard de l'infini, un tout à l'égard du néant, un milieu entre rien et tout, infiniment éloigné de comprendre les extrêmes, la fin des choses et leur principe sont pour lui invinciblement cachés dans un secret impénétrable, également incapable de voir le néant d'où il est tiré et l'infini, où il est englouti. [...]"

49. "Notre intelligence tient dans l'ordre des choses intelligibles le même rang que notre corps dans l'étendue de la nature. [...]"

Pascal continue de montrer l'étendue de notre faiblesse...

50. "Donc toutes choses étant causées et causantes, aidées et aidantes, médiatement et immédiatement, et toutes s'entretenant par un lien naturel et insensible qui lie les plus éloignées et les plus différentes, je tiens impossible de connaître les parties sans connaître le tout, non plus que de connaître le tout sans connaître particulièrement les parties."

Il est probable que cette pensée s'opposait à Descartes (à vérifier). En tout cas, la science moderne tend plutôt à lui donner raison (par exemple, le physicien Stephen Hawking ne croit plus qu'il soit possible de découvrir la théorie du tout).

51. "Et ce qui achève notre impuissance à connaître les choses est qu'elles sont simples en elles-mêmes et que nous sommes composés de deux natures opposées et de divers genres, d'âme et de corps. Car il est impossible que la partie qui raisonne en nous soit autre que spirituelle. Et quand on prétendrait que nous serions simplement corporels, cela nous exclurait bien davantage de la connaissance des choses, n'y ayant rien de si inconcevable que de dire que la matière se connaît soi-même. [...]"

Sur ce point en revanche, Pascal rejoint le dualisme cartésien. Il blâme les matérialistes et est assez dogmatique sur la question ("il est impossible que...").

52. "L'homme est à lui-même le plus prodigieux objet de la nature, car il ne peut concevoir ce que c'est que corps, et encore moins ce que c'est qu'esprit, et moins qu'aucune chose comment un corps peut être uni avec un esprit. C'est là le comble de ses difficultés, et cependant c'est son propre être."

Paradoxe qui enfonce encore un peu plus l'homme...

53. "L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature, mais c'est un roseau pensant. Il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'écraser, une vapeur, une goutte d'eau suffit pour le tuer. Mais quand l'univers l'écraserait, l'homme serait encore plus noble que ce qui le tue, puisqu'il sait qu'il meurt et l'avantage que l'univers a sur lui. L'univers n'en sait rien."

Encore une fois, Pascal montre ce qui fait la grandeur et la misère de l'homme: c'est un simple roseau, mortel mais grand car pensant. Proche de ce que dit Descartes...

54. "Toute notre dignité consiste donc en la pensée. C'est de là qu'il faut nous relever, et non de l'espace et de la durée, que nous ne saurions remplir.
Travaillons donc à bien penser. Voilà le principe de la morale.
"

On ne saurait être plus clair !

 

Deuxième partie: Connaissance de Dieu

 

55. "[...] Mais par Jésus-Christ et en Jésus-Christ on prouve Dieu et on enseigne la morale et la doctrine. Jésus-Christ est donc le véritable Dieu des hommes.
Mais nous connaissons en même temps notre misère, car ce Dieu-là n'est autre chose que le réparateur de notre misère. Ainsi nous ne pouvons bien connaître Dieu qu'en connaissant nos iniquités. Aussi ceux qui ont connu Dieu sans connaître leur misère ne l'ont pas glorifié, mais s'en sont glorifiés.
[...]"

Iniquité: corruption des moeurs, péché.

56. "La connaissance de Dieu sans celle de sa misère fait l'orgueil.
La connaissance de la misère sans celle de Dieu fait le désespoir.
La connaissance de Jésus-Christ fait le milieu parce que nous y trouvons, et Dieu, et notre misère.
"

57. "[...] Il y a bien de la différence entre un livre qui fait un particulier, et qu'il jette dans le peuple, et un livre qui fait lui-même un peuple. On ne peut douter que le livre ne soit aussi ancien que le peuple."

Pascal parle des juifs et de l'Ancien Testament, a priori.

58. "[...] S'il n'y avait point d'obscurité, l'homme ne sentirait pas sa corruption. S'il n'y avait point de lumière, l'homme n'espérerait point de remède. Ainsi il est non seulement juste, mais utile pour nous, que Dieu soit caché en partie, et découvert en partie, puisqu'il est également dangereux à l'homme de connaître Dieu sans connaître sa misère et de connaître sa misère sans connaître Dieu. [...]"

Comme disait déjà Isaïe: "Véritablement tu es un Dieu caché".

59. "[...] Tous les hommes recherchent d'être heureux. Cela est sans exception, quelques différents moyens qu'ils y emploient. Ils tendent tous à ce but. Ce qui fait que les uns vont à la guerre et que les autres n'y vont pas est ce même désir qui est dans tous les deux, accompagné de différentes vues. La volonté ne fait jamais la moindre démarche que vers cet objet. C'est le motif de toutes les actions de tous les hommes. Jusqu'à ceux qui vont se pendre. [...]"

60. "Le christianisme est étrange: il ordonne à l'homme de reconnaître qu'il est vil et même abominable, et lui ordonne de vouloir être semblable à Dieu. Sans un tel contrepoids cette élévation le rendrait horriblement vain, ou cet abaissement le rendrait horriblement abject."
"Il faut n'aimer que Dieu et ne haïr que soi."

Célèbre formule.

2月9日

Pensées de Pascal (3)

Première partie: Connaissance de l'homme (suite)

 

31. "Contrariétés.
L'homme est naturellement crédule, incrédule, timide, téméraire.
"

32. "Qu'est-ce que nos principes naturels, sinon nos principes accoutumés ? [...]"
"[...] La coutume est une seconde nature, qui détruit la première.
Mais qu'est-ce que nature ? Pourquoi la coutume n'est-elle pas naturelle ?
J'ai grand-peur que cette nature ne soit elle-même qu'une première coutume, comme la coutume est une seconde nature.
"

33. "Les principales forces des pyrrhoniens, je laisse les moindres, sont que nous n'avons aucune certitude de la vérité de ces principes - hors la foi et la révélation - sinon en ce que nous les sentons naturellement en nous. [...]
Qui sait si cette autre moitié de la vie où nous pensons veiller n'est pas un autre sommeil un peu différent du premier, dont nous nous éveillons quand nous pensons dormir ? [...]
Je m'arrête à l'unique fort des dogmatistes, qui est qu'en parlant de bonne foi et sincèrement on ne peut douter des principes naturels. [...]
Voilà la guerre ouverte entre les hommes, où il faut que chacun prenne parti, et se range nécessairement ou au dogmatisme ou au pyrrhonisme, car qui pensera demeurer neutre sera pyrrhonien par excellence. [...]
Que fera donc l'homme en cet état ? Doutera-t-il de tout ? Doutera-t-il s'il veille, si on le pince, si on le brûle ? Doutera-t-il s'il doute ? Doutera-t-il s'il est ? On n'en peut venir là, et je mets en fait qu'il n'y a jamais eu de pyrrhonien effectif parfait. La nature soutient la raison impuissante et l'empêche d'extravaguer jusqu'à ce point.
Dira-t-il donc au contraire qu'il possède certainement la vérité, lui qui, si peu qu'on le pousse, ne peut en montrer aucun titre et est forcé de lâcher prise ?
Quelle chimère est-ce donc que l'homme, quelle nouveauté, quel monstre, quel chaos, quel sujet de contradiction, quel prodige, juge de toutes choses, imbécile ver de terre, dépositaire du vrai, cloaque d'incertitude et d'erreur, gloire et rebut de l'univers !
Qui démêlera cet embrouillement ? La nature confond les pyrrhoniens et la raison confond les dogmatiques. Que deviendrez-vous donc, ô homme qui cherchez quelle est votre véritable condition par votre raison naturelle ? Vous ne pouvez fuire une de ces sectes ni subsister dans aucune.
Connaissez donc, superbe, quel paradoxe vous êtes à vous-même ! Humiliez-vous, raison impuissante ! Taisez-vous, nature imbécile ! Apprenez que l'homme passe infiniment l'homme et entendez de votre Maître votre condition véritable que vous ignorez.
Ecoutez Dieu.
[...]
Chose étonnante cependant que le mystère le plus éloigné de notre connaissance, qui est celui de la transmission du péché, soit une chose sans laquelle nous ne pouvons avoir aucune connaissance de nous-mêmes ! [...]"

Impressionnante "démonstration" de Pascal qui attaque vivement les pyrrhoniens (sceptiques/penseurs de l'incertitude tels que Pyrrhon, Zénon, Démocrite, Xénophane, Montaigne, etc.) et les dogmatiques (péripatéticiens (Aristote), épicuriens (Epicure), stoïciens (Epictète)...) pour affirmer que seuls les chrétiens détiennent la vérité en écoutant Dieu.
J'aime particulièrement le passage "quelle chimère est-ce donc que l'homme..." :)

34. "Quand Epictète aurait vu parfaitement bien le chemin, il dit aux hommes: "Vous en suivez un faux". Il montre que c'en est un autre, mais il n'y mène pas. C'est celui de vouloir ce que Dieu veut. Jésus-Christ seul y mène. Via, Veritas."

Dans cette partie intitulée "Philosophes", Pascal s'attaque vivement à eux. Lui-même ne se considérait pas philosophe mais théologien.

35. "Ce que les stoïques proposent est si difficile et si vain.
Les stoïques posent: Tous ceux qui ne sont point au haut degré de sagesse sont également fous et vicieux, comme ceux qui sont à deux doigts dans l'eau.
"

36. "Les trois concupiscences ont fait trois sectes, et les philosophes n'ont fait autre chose que suivre une des trois concupiscences."

Le sens actuel de "concupiscence" est "vive inclination pour les plaisirs sensuels" mais pour Pascal il s'agit des voluptés (qui séduisaient les épicuriens), la curiosité (qui séduisait les philosophes-physiciens grecs tels que Thalès) et l'orgueil (les stoïciens).

37. "Divertissement.
[...]  Les hommes n'ayant pu guérir la mort, la misère, l'ignorance, ils se sont avisés, pour se rendre heureux, de n'y point penser."
"La mort est plus aisée à supporter sans y penser que la pensée de la mort sans péril."

Voir aussi le billet du 5 février sur le divertissement.

38. "[...] Comme nous nous trouvons dans l'impuissance d'adorer ce que nous ne connaissons pas, et d'aimer autre chose que nous, il faut que la religion qui instruit de ces devoirs nous instruise aussi de ces impuissances. Et qu'elle nous apprenne aussi les remèdes. Elle nous apprend que par un homme tout a été perdu et la liaison rompue entre Dieu et nous, et que par un homme la liaison est réparée.
Nous naissons si contraires à cet amour de Dieu et il est si nécessaire quil faut que nous naissions coupables, ou Dieu serait injuste.
"

Pascal fait ici l'apologie de la religion chrétienne, seule "vraie religion" à ses yeux. Comme Saint Augustin, il pense que l'état de l'homme et du monde sont si misérables qu'ils ne peuvent pas être l'oeuvre d'un Dieu bon, ce serait blasphématoire de le dire. D'où les allusions au péché originel, et au rachat par Jésus-Christ (rédemption).

39. "[...] Donnant à trembler à ceux qu'elle justifie et consolant ceux qu'elle condamne, la religion chrétienne tempère avec tant de justesse la crainte avec l'espérance, par cette double capacité qui est commune à tous et de la grâce et du péché, qu'elle abaisse infiniment plus que la seule raison ne peut faire, mais sans désespérer, et qu'elle élève infiniment plus que l'orgueil de la nature, mais sans enfler, faisant bien voir par là qu'étant seule exempte d'erreur et de vice, il n'appartient qu'à elle et d'instruire et de corriger les hommes."

40. "Tous les hommes se haïssent naturellement l'un l'autre. [...]"
"On a fondé et tiré de la concupiscence des règles admirables de police, de morale et de justice.
Mais dans le fond, ce vilain fond de l'homme, ce FIGMENTUM MALUM n'est que couvert, il n'est pas ôté.
"

Cela peut étonner, mais Pascal ne fait que reprendre un passage de la Genèse: "La composition du coeur de l'homme est mauvaise dès son enfance."

41. "Nulle autre religion n'a proposé de se haïr. Nulle autre religion ne peut donc plaire à ceux qui se haïssent, et qui cherchent un être véritablement aimable. Et ceux-là, s'ils n'avaient jamais ouï parler de la religion d'un Dieu humilié, l'embrasseraient incontinent."

!!!

42. "C'est en vain, ô hommes, que vous cherchez dans vous-mêmes le remède à vos misères. Toutes vos lumières ne peuvent arriver qu'à connaître que ce n'est point dans vous-mêmes que vous trouverez ni la vérité ni le bien.
Les philosophes vous l'ont promis, et ils n'ont pu le faire.
[...]
Vos maladies principales sont l'orgueil, qui vous soustrait de Dieu, et la concupiscence, qui vous attache à la terre, et ils n'ont fait autre chose qu'entretenir au moins l'une de ces maladies."

43. "[...] L'homme, cet animal, sait si peu ce que c'est que Dieu qu'il ne sait pas ce qu'il est lui-même. [...]
Dieu a voulu racheter les hommes et ouvrir le salut à ceux qui le chercheraient. Mais les hommes s'en rendent si indignes qu'il est juste que Dieu refuse à quelques-uns à cause de leur endurcissement ce qu'il accorde aux autres par une miséricorde qui ne leur est pas due. [...]"

 

Transition: De la connaissance de l'homme à Dieu

 

44. "C'est une chose déplorable de voir tous les hommes ne délibérer que des moyens et point de la fin. [...]"

45. "Pourquoi ma connaissance est-elle bornée, ma taille, ma durée à cent ans plutôt qu'à mille ? Quelle raison a eu la nature de me la donner telle et de choisir ce milieu plutôt qu'un autre dans l'infinité, desquels il n'y a pas plus de raison de choisir l'un que l'autre, rien ne tentant plus que l'autre ?"

Hein, pourquoi ? :))

2月5日

Divertissement

Je me fonde d'abord sur des citations de Pascal.

"[...] Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre. [...] On ne recherche les conversations et les divertissements des jeux que parce qu'on ne peut demeurer chez soi avec plaisir. Etc.
Mais quand j'ai pensé de plus près et qu'après avoir trouvé la cause de tous nos malheurs j'ai voulu en découvrir la raison, j'ai trouvé qu'il y en a une bien effective et qui consiste dans le malheur naturel de notre condition faible et mortelle, et si misérable que rien ne peut nous consoler lorsque nous y pensons de près.
"
Pascal parle ensuite de la condition d'un roi qui a priori devrait être heureux car il a tous les biens et satisfactions qu'on pourrait désirer. Et pourtant, "s'il est sans ce qu'on appelle divertissement, le voilà malheureux, et plus malheureux que le moindre de ses sujets qui joue et qui se divertit" ! "Le roi est environné de gens qui ne pensent qu'à divertir le roi et à l'empêcher de penser à lui. Car il est malheureux, tout roi qu'il est, s'il y pense", malgré sa condition. La vue de sa grandeur, sa dignité royale ne suffisent pas à occuper son âme.
"De là vient que le jeu et la conversation des femmes, la guerre, les grands emplois sont si recherchés. Ce n'est pas qu'il y ait en effet du bonheur, ni qu'on s'imagine que la vraie béatitude soit d'avoir l'argent qu'on peut gagner au jeu ou dans le lièvre qu'on court, on n'en voudrait pas s'il était offert. Ce n'est pas cet usage mol et paisible et qui nous laisse penser à notre malheureuse condition qu'on recherche ni les dangers de la guerre ni la peine des emplois, mais c'est le tracas qui nous détourne d'y penser et nous divertit. - Raison pourquoi on aime mieux la chasse que la prise."
Pascal insiste bien sur cette absurdité, qui est pourtant selon lui naturelle chez l'homme: "ce lièvre ne nous garantirait pas de la vue de la mort et des misères qui nous en détournent, mais la chasse nous en garantit." Et les hommes ne s'en rendent même pas compte, parce qu'ils ne se connaissent pas eux-mêmes, ils "ne sentent pas la nature insatiable de la cupidité". "Ils croient chercher sincèrement le repos, et ne cherchent en effet que l'agitation. Ils ont un instinct secret qui les porte à chercher le divertissement et l'occupation au-dehors qui vient du ressentiment [= sentiment en retour] de leurs misères continuelles. Et ils ont un autre instinct secret qui reste de la grandeur de notre première nature, qui leur fait connaître que le bonheur n'est en effet que dans le repos et non pas dans le tumulte". Ces deux instincts contraires conduisent à un paradoxe: "on cherche le repos en combattant quelques obstacles", on tend au repos par l'agitation, on croit arriver au repos et à la satisfaction en surmontant les difficultés qu'on envisage. Et encore un paradoxe: si on a surmonté ces obstacles, "le repos devient insupportable par l'ennui qu'il engendre" ! "Ou l'on pense aux misères qu'on a ou à celles qui nous menacent". Pascal parle encore du côté misérable de l'homme: "l'homme est si malheureux qu'il s'ennuierait même sans aucune cause d'ennui par l'état propre de sa complexion. Et il est si vain qu'étant plein de mille causes essentielles d'ennui, la moindre chose comme un billard et une balle qu'il pousse suffisent à le divertir." Et de citer l'exemple du roi Pyrrhus en discussion avec son conseiller:
- "Et enfin, quand j'aurai mis le monde en ma sujétion, je me reposerai et vivrai content et à mon aise.
- Pour Dieu, sire
[...] pourquoi ne vous logez-vous dès cette heure, où vous dites aspirer, et ne vous épargnez tant de travail ?"

Et pourquoi tout cela ? Pour pouvoir "se vanter demain entre ses amis de ce qu'il a mieux joué qu'un autre" !
En prenant l'exemple du passionné de jeu, Pascal montre toute l'absurdité de la chose: "Tel homme passe sa vie sans ennui en jouant tous les jours peu de chose. Donnez-lui tous les matins l'argent qu'il peut gagner chaque jour, à la charge qu'il ne joue point, vous le rendez malheureux. On dira peut-être que c'est qu'il recherche l'amusement du jeu et non pas le gain. Faites-le donc jouer pour rien, il ne s'y échauffera pas et s'y ennuira. Ce n'est donc pas l'amusement seul qu'il recherche, un amusement languissant et sans passion l'ennuiera, il faut qu'il s'y échauffe et qu'il se pipe lui-même en s'imaginant qu'il serait heureux de gagner ce qu'il ne voudrait pas qu'on lui donnât à condition de ne point jouer, afin qu'il se forme un sujet de passion et qu'il excite sur cela son désir, sa colère, sa crainte pour l'objet qu'il s'est formé, comme les enfants qui s'effraient du visage qu'ils ont barbouillé."

En guise de conclusion: "L'homme, quelque plein de tristesse qu'il soit, si on peut gagner sur lui de le faire entrer en quelque divertissement, le voilà heureux pendant ce temps-là. Et l'homme, quelque heureux qu'il soit, s'il n'est diverti et occupé par quelque passion ou quelque amusement qui empêche l'ennui de se répandre, sera bientôt chagrin et malheureux. Sans divertissement il n'y a point de joie. Avec le divertissement il n'y a point de tristesse."

Pourtant Pascal n'émet pas de jugement moral très explicite. Il se contente surtout de décrire la nature de l'homme, qu'il regrette amèrement, cf. la dernière phrase: "Que le coeur de l'homme est creux et plein d'ordure." On sait bien aussi que Pascal aimait rester tranquillement chez lui, et donc d'après ses dires il savait être heureux dans le calme, hors les divertissements "tumultueux". De plus, il vivait comme un ascète. Il disait aussi qu'il faut se connaître soi-même pour bien régler sa vie, et suivre Dieu bien sûr. Enfin, dans une autre note, il dit:
- "Si l'homme était heureux, il le serait d'autant plus qu'il serait moins diverti, comme les saints et Dieu.
- Oui. Mais n'est-ce pas être heureux que de pouvoir être réjoui par le divertissement ?
- Non. Car il vient d'ailleurs et de dehors et ainsi il est dépendant et partant sujet à être troublé par mille accidents qui font les afflictions inévitables."
Plus loin on peut lire: "La seule chose qui nous console de nos misères est le divertissement; et cependant c'est la plus grande de nos misères" et on comprend mieux l'opinion de Pascal: il condamne donc bien le divertissement (contrairement à Montaigne) de même que l'imagination, car même si c'est une source de bonheur, celui-ci est précaire et nous permet seulement de fuir et d'oublier, et non de guérir sa misère profonde.

Cependant, il convient de définir le mot "divertissement". Pascal ne le fait pas mais en donne plusieurs exemples: jeux, chasse, conversations, musique, danse... mais aussi la guerre, la politique, voire la science.
Au sens littéral, "divertir" signifie "détourner", c'est bien ce sens-là que Pascal emploie. Et quand on connaît sa vie, qui consistait principalement à chercher Dieu et aider les pauvres, on comprend mieux ce qu'il voulait dire: toute activité qui empêche l'homme de réfléchir aux problèmes posés par sa condition, de regarder la vérité en face.
Mais aujourd'hui, qu'est-ce qu'un divertissement ? On a tendance à le définir comme un hobby, un passe-temps, une distraction, une récréation, un amusement, bref un moyen de se distraire.
Prenons donc l'art: le cinéma par exemple. Dire qu'un film est un divertissement est généralement péjoratif, car l'art (le cinéma étant le 7ème) n'est pas là que pour faire passer le temps de façon plaisante: il suscite davantage l'émotion et la réflexion qu'un simple divertissement; de plus il permet la catharsis. Bref, ce n'est pas qu'un simple jeu, mais aussi une certaine "élévation de l'âme". Dans le cinéma par exemple, on différencie souvent les films populaires et "pop-corn" des films d'auteurs censés être plus artistiques, et souvent plus élitistes et réputés intello, mais qui provoquent quand même un certain plaisir à leurs spectateurs (ça peut être un plaisir analytique). Cela reste délicat: un film qui fait rire, mais qui aussi dépayse, cultive, permet de s'évader et en met plein la vue (sur le plan esthétique), est-ce alors un simple divertissement ? En fait il s'agit essentiellement d'une question vocabulariale: la connotation péjorative est sans doute mal fondée. Car il n'y a rien de mal à se cultiver et à se poser des questions "abstraites" même si ça débouche sur rien de concret, a priori...
Disons donc qu'il y a plusieurs degrés de valeur du divertissement :) Un divertissement "supérieur" qui permettrait de se poser des questions métaphysiques (tel que le film 2001: a space odyssey de Stanley Kubrick) ne serait probablement pas vu comme un simple divertissement par Pascal, puisqu'il permet d'apprendre à mieux se connaître: "ils se verraient, ils penseraient à ce qu'ils sont, d'où ils viennent, où ils vont"... c'est-à-dire (si j'ai bien compris) réaliser à quel point on est misérable (!)

Mais que penser de ceux qui passent leur temps à se divertir ? A fuir la "vraie" vie, la "dure" réalité ? Le célèbre réalisateur François Truffaut disait qu'il préférait le reflet de la vie à la vie elle-même... Pascal serait sûrement très sévère contre ce genre de comportement, lui qui condamnait l'imagination (cf. citation 11) mais on n'est pas obligé de partager cette vision pessimiste de la nature humaine.

Bref, ce débat est extrêmement large, puisque depuis le divertissement on peut s'interroger sur la vie et son but, l'ennui, le bonheur, la place et le rôle de l'art, la morale, la nature humaine, les passions, etc.

 

Pensées de Pascal (2)

Première partie: Connaissance de l'homme (suite)

 

16. "Contradiction.
Orgueil, contrepesant toutes nos misères. Ou il cache ses misères, ou s'il les découvre il se 
glorifie de les connaître."

17. "Il faut se connaître soi-même. Quand cela ne servirait pas à trouver le vrai, cela au moins sert à régler sa vie. Et il n'y a rien de plus juste."

Grand classique.

18. "Orgueil.
Curiosité n'est que vanité le plus souvent. On ne veut savoir que pour en parler. Autrement on ne voyagerait pas sur la mer pour ne jamais en rien dire et pour le seul plaisir de voir, sans espérance d'en jamais communiquer.
"

Moi qui suis curieux justement...

19. "Le respect est: incommodez-vous. Cela est vain en apparence, mais très juste [...]."

20. "[...] Sans doute l'égalité des biens est juste, mais ne pouvant faire qu'il soit force d'obéir à la justice, on a fait qu'il soit juste d'obéir à la force. Ne pouvant fortifier la justice, on a justifié la force, afin que la justice et la force fussent ensemble et que la paix fût, qui est le souverain bien. [...]"

Jolie formule...

21. "[...] Les sciences ont deux extrémités qui se touchent. La première est la pure ignorance naturelle où se trouvent tous les hommes en naissant. L'autre extrémité est celle où arrivent les grandes âmes qui, ayant parcouru tout ce que les hommes peuvent savoir, trouvent qu'ils ne savent rien et se rencontrent en cette même ignorance d'où ils étaient partis. Mais c'est une ignorance savante, qui se connaît. [...]"

Pas loin du "je sais que je ne sais rien" de Socrate.

22. "D'où vient qu'un boiteux ne nous irrite pas et un esprit boiteux nous irrite ? A cause qu'un boiteux reconnaît que nous allons droit et qu'un esprit boiteux dit que c'est nous qui boitons. Sans cela nous en aurions pitié, et non colère. [...]
L'homme est ainsi fait qu'à force de lui dire qu'il 
est un sot, il le croit. Et à force de se le dire à soi-même, on se le fait croire. Car l'homme fait lui seul une conversation intérieure, qu'il importe de bien régler. [...]"

23. "[...] Plaisante justice qu'une rivière borne ! Vérité au-deçà des Pyrénées, erreur au-delà. [...]"
"
Justice force.
Il est juste que ce qui est juste soit suivi. Il est nécessaire que ce qui est le plus fort soit suivi.
La justice sans la force est impuissante. La force sans la justice est tyrannique.
[...]"

Grands classiques.

24. "Nous connaissons la vérité non seulement par la raison, mais encore par le coeur. C'est de cette dernière sorte que nous connaissons les premiers principes, et c'est en vain que le raisonnement, qui n'y a point de part, essaie de les combattre. Les pyrrhoniens, qui n'ont que cela pour objet, y travaillent inutilement. [...]
Et c'est sur ces connaissances du coeur et de l'instinct qu'il faut que la raison s'appuie et qu'elle y fonde tout son discours. [...] Les principes se sentent, les propositions se concluent, et le tout avec certitude, quoique par différentes voies [...]."
"Deux choses instruisent l'homme de toute sa nature: l'instinct et l'expérience."

Le pyrrhonisme est une école de scepticisme radical, fondée par Pyrrhon.
Comme exemples de premiers principes, Pascal cite les trois dimensions de l'espace et l'infinitude des nombres.

25. "Je puis bien concevoir un homme sans mains, pieds, tête, car ce n'est que l'expérience qui nous apprend que la tête est plus nécessaire que les pieds. Mais je ne puis concevoir l'homme sans pensée. Ce serait une pierre ou une brute."

A rapprocher du cogito de Descartes...

26. "La grandeur de l'homme est grande en ce qu'il se connaît misérable.
Un arbre ne se connaît pas misérable.
C'est donc être misérable que de se connaître misérable, mais c'est être grand que de connaître qu'on est misérable.
"

Encore une citation bien connue.

27. "La grandeur de l'homme.
La grandeur de l'homme est si visible qu'elle se tire même de sa misère. Car ce qui est nature aux animaux, nous l'appelons misère en l'homme.
[...]
Qui se trouve malheureux de n'avoir qu'une bouche ? Et qui ne se trouverait malheureux de n'avoir qu'un oeil ? On ne s'est peut-être jamais avisé de s'affliger de n'avoir pas trois yeux, mais on est inconsolable de n'en point avoir."

Marrant :)

28. "[...] Que l'homme maintenant s'estime son prix. Qu'il s'aime, car il y a en lui une nature capable de bien, mais qu'il n'aime pas pour cela les bassesses qui y sont. Qu'il se méprise, parce que cette capacité est vide, mais qu'il ne méprise pas pour cela cette capacité naturelle. Qu'il se haïsse, qu'il s'aime. Il a en lui la capacité de connaître la vérité et d'être heureux, mais il n'a point de vérité ou constante ou satisfaisante.
Je voudrais donc porter l'homme à désirer d'en trouver et à être prêt et dégagé de passions pour la suivre où il la trouvera, sachant combien sa connaissance est obscurcie par les passions.
[...]"

Toujours dans le chapitre "Connaissance de l'homme", sous-partie "contrariétés" à comprendre comme "contradictions".
On est en droit de ne pas être d'accord avec la vision ascétique que Pascal préconise...

29. "Nous sommes si présomptueux que nous voudrions être connus de toute la terre, et même des gens qui viendront quand nous ne serons plus. Et nous sommes si vains que l'estime de cinq ou six personnes qui nous environnent nous amuse et nous contente."

30. "Il ne faut pas que l'homme croie qu'il est égal aux bêtes ni aux anges, ni qu'il ignore l'un et l'autre, mais qu'il sache l'un et l'autre."

1月23日

Métaphysique

Esprit et matière, dualisme, monisme matérialiste ou spiritualiste...
Je me suis pas mal interrogé sur ces notions métaphysiques ces derniers temps.

Pour faire court, je me contenterai de citer les théories qui me plaisent le plus: l'élan vital de Bergson, et la psychomatière; deux théories par ailleurs non incompatibles a priori.

- Cours de philo (passionnant) sur la conscience et le corps: http://sergecar.club.fr/cours/conscorps.htm

- Un aperçu de la théorie de Bergson: http://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Bergson

- La théorie (moderne) de la psychomatière: http://www.science-conscience.com/revue/n1a1.htm

Je trouve cette dernière relativement simple, pertinente et crédible: elle montre les limites de la science matérialiste moderne et arrive à réconcilier science (physique quantique), phénomènes paranormaux (télépathie), philosophies spirituelles (indiennes notamment), voire la fameuse théorie de l'inconscient collectif jungienne. Très fort :)